Photo LMEA: Bus Innu, Sept-Iles, 2002
EXCELLENCE OU DIFFÉRENCE EN ÉDUCATION?
Blogue Brouillon de poulet pour l’âne
Commentaires sur Bazzo.TV
Interview de Jean-François Chicoine
26 novembre 2009
"Au Québec, on élève des enfants, en France, on les éduque… [En Europe] Dès le départ, il y a une volonté des familles vers l'excellence, vers la cognition, vers le langage, par rapport à ici où l'on est plus porté vers la sécurisation affective, vers le temps partagé au départ. Je dirais que pour un enfant différent, qui a un handicap, un retard, il est bien mieux au Québec. Pour un enfant qui aurait un talent particulier et qui veut aller rapidement, il serait mieux d'aller en Europe." Jean-François Chicoine
Je suis une Québécoise pure laine
Je suis une Québécoise pure laine. Mon ancêtre maternel est arrivé avec Jacques Cartier et s'est installé avec une Micmac, mon ancêtre paternel a suivi Paul de Chomedey pour aider à la fondation de Montréal. Aucun de mes ancêtres n'étaient en Europe pendant la Révolution française et pourtant, je connais tous les couplets de la Marseillaise (que je peux vous chanter aussi bien que Mireille Mathieu quand le vin est très bon). Car, d'aussi loin que me portent mes souvenirs, depuis l'âge de 3 ans, mes amis les plus précieux et les plus proches, sont Européens. On a souvent tendance à croire, parce que nous croyons partager la même langue, que les Français et les Québécois sont cousins. Or, il faut vivre suffisamment proche de nos deux cultures pour réaliser à quel point nous nous distinguons et cela est particulièrement vrai dans nos rapports avec les enfants et, en conséquence, en éducation.
Loin de moi l'idée de comparer l'éducation de chaque côté de l'océan. Je dois avouer partager à ce sujet le point de vue du Docteur Chicoine. Cependant, je vis depuis quelque temps un très grand malaise auquel je n'arrive pas à trouver remède et, pire, qui me donne l'impression que nous sommes pris dans une impasse. (Je n'ose pas écrire "certitude ", car j'espère que vos commentaires me convaincront qu'il pourrait y avoir une solution.)
Quand doit-on ne viser que l'excellence en éducation?
Jamais! Vraiment? Ce n'est pas l'excellence qu'il faut viser, mais la compétence.
Quand doit-on ne viser que la compétence en éducation? Toujours! Foutaise!
L'unique préoccupation en éducation au Québec, c'est le rendement. S'il en était autrement, on n'aurait pas de quotas de doubleurs dans les classes des écoles publiques, on n'exigerait pas un minimum d'élèves pour maintenir des programmes d'études, on n'évaluerait pas les programmes d'études sur la satisfaction des étudiants et les taux de réussite, mais sur le taux de satisfaction de ceux qui les accueillent (professeurs ou employeurs) basée sur la cohérence de l'évaluation des compétences; on ne demanderait pas des bulletins chiffrés et des calculs de moyenne, mais des évaluations critériées détaillées.
Un jour, un professeur d'université m'a dit : "Tu sais, ce n'est pas si grave que ça si on laisse passer des étudiants qui trichent ou qui ne méritent pas de passer. Une fois sur le marché du travail, les gens se rendront compte de leur incompétence et ne feront pas affaire avec eux." (Et ils inscriront le nom de ton université sur leur liste noire!)
(Soupir)
Je dois l'avouer : mes enfants étant maintenant trop grands pour recevoir des fessées , il m'arrive de sérieusement penser à émigrer.
Missmath, Blogue Brouillon de poulet pour l’âne, samedi, 28 novembre 2009
Malaise en éducation
Miss : il faut effectivement éviter de généraliser, mais une partie de l'assertion du Dr Chicoine me semble fondée.
Au Québec, on materne. On fait attention à l'estime de soi. On veille à ce que l'élève puisse s'exprimer même s'il n'a rien à dire et que son message est incompréhensible parce que mal formulé. On part toujours du vécu de l'élève, même si son vécu se résume à une console de jeu...
J'ai une fille qui a la double nationalité. Tu as compris que les deux cultures, je les vis souvent. Quand elle revient de France avec un accent, ça me fait toujours un choc culturel. Mais j'ai effectivement remarqué que, pour la belle-famille, la culture et l'éducation dans un sens large sont très valorisées. Comme parents, on se sent le devoir de munir le jeune d'un certain bagage culturel.
Par contre, je sais aussi que le système français est souvent implacable avec la différence.
Le meilleur système? Un mélange des deux.
Pour le meilleur ou le pire, je vise tout d'abord l'excellence en fonction des capacités de l'élève. Qu'il me donne ce qu'il peut me donner, fort ou faible. Son rendement doit être à la hauteur de son potentiel.
L'excellence dans quoi précisément?
Dans son comportement; dans ses attitudes personnelles, scolaires et sociales; dans les compétences que je dois évaluer. Et ses compétences reposent au départ sur de solides connaissances.
Sauf que je suis un prof humain et je tiens compte de ce facteur. Mes jeunes sont des humains, pas des robots. J'enseigne souvent à des groupes performants et l'aspect psychologique du jeune a un impact majeur sur sa vie scolaire. On parle souvent des décrocheurs, mais j'ai souvent dû travailler avec des névroses, des dépressions, des angoisses de jeunes que les parents et le système poussaient à bout. J'ai dû leur apprendre à décrocher, à vivre.
J'ai aussi travaillé avec des élèves «ordinaires » dont la vie personnelle et familiale poussait à l'échec. Là aussi, je me suis adapté, mais je n'ai jamais modifié mes exigences. Seulement mon approche.
Cela étant dit, on vit au Québec en fonction du rendement à des examens dont on questionne peu la forme et les critères d'évaluation. Ce qui importe est la réussite du plus grand nombre, ne l'oublie pas. Et cela, même si on doit parfois dénaturer le sens du mot réussite.
En passant, comme je suis une langue sale, je ne comprends pas pourquoi on parle de malaise en éducation : la réforme ne devait-elle pas tout régler? : )
Le professeur masqué, Blogue Brouillon de poulet pour l’âne, dimanche, 29 novembre 2009
AUTOUR DE LA TABLE
Journal des pays d'en haut
Commentaires sur Ricardo
Interview de Jean-François Chicoine
Saison 9 Épisode 89, 19 janvier 2011
Vous avez été nombreux à réagir sur mon texte de l’Action de Grâces où il était question de mon souper raté alors que conjoints, enfants et amis étaient réunis autour de la table. Vous avez bien ri et j’en suis fort aise.
J’y reviens non pas pour vous narrer un autre repas manqué (une fois n’est pas coutume!) mais pour souligner toute l’importance des repas pris en famille. Ce sont les propos du Dr Jean-François Chicoine pédiatre à l’hôpital Ste-Justine qui m’ont fait réfléchir. Il disait que si on lui amenait un jeune enfant ayant des troubles de langage, il demandait aux parents si à la maison on prenait le temps de manger en famille. Question pour le moins surprenante, me direz-vous. Songez-y une petite minute et quart. Personnellement, mes meilleurs souvenirs d’enfance me ramènent autour de la table, soir après soir. En arrivant de l’école, chacun avait la même phrase : qu’est-ce qu’on mange? C’était un rite, une discipline qui nous sécurisait.
Dr Chicoine
Ce sympathique pédiatre affirme que le fait de manger en famille aide au développement de l’enfant. C’est une forme de reconnaissance affective qui donne une meilleure estime de soi. Il n’exagère même pas! Pas besoin d’un cours 101-parents pour être d’accord avec ses propos.
La plupart des enfants d’aujourd’hui mangent un déjeuner sur le pouce. Le midi se passe dans la cohue du gymnase à l’école à avaler en 5 minutes le lunch préparé. Et le soir? D’après le Dr Chicoine, l’enfant passe 30 heures/semaine (et plus) devant un écran (de jeux, d’ordi, de télé). Cette statistique met un ver dans ma pomme...
Une vraie bataille
Autre chose : il ne faut pas que l’heure du souper devienne un champ de bataille. La cuisine n’est pas un ring de boxe. Lorsque le parent et l’enfant s’affrontent sur la nourriture, il y a un os dans le fromage! Si tu ne manges pas tes carottes, tu n’auras pas de dessert. À 5 ans, mon fils détestait les légumes. Un jour, je lui demande de manger au moins un petit bout de carotte. Il s’exécute, mais n’avale pas. Elle flotte, avait-il dit! J’ai arrêté de le forcer. Aujourd’hui, il les dévore à pleines dents.
Et arrêtons de prendre comme exemple le pôvre petit Africain qui a toujours le ventre creux. Votre enfant se fout pas mal de la situation africaine! On fait simple des fois, trouvez pas? Avec nos courses quotidiennes, les plats congelés, les dépêche-toi, les je-te-pousse-dans-le dos, nos enfants n’auront pas d’heureux souvenirs à se mettre sous la dent, c’est le cas de le dire. L’eau prend la forme du vase...
Finalement, manger en famille c’est comme lire un livre à un enfant au moment du dodo. Un jour, je demande à mes élèves s’ils se réunissaient le soir au souper. L’un d’eux m’avait répondu on est tous ensemble, mais pas autour de la table, plutôt en demi-lune pour pouvoir regarder la télé. Un père mangeait au McDo avec son fils. Le petit lui parlait tandis que le père lisait son journal. Parfois, il répondait par des ouais ouais et l’enfant poursuivait son monologue. Des fois, je me dis qu’on a l’amour parental jetable, un amour fast-food, quoi...
Mimi Legault, Journal des pays d'en haut, 3 février 2011
REGRETTER D'AVOIR ADOPTÉ
La mère Blogue de La Presse
Commentaires sur Troubles de l'attachement: comment sortir du silence
Interview de Jean-François Chicoine dans La Presse , 15 septembre 2004
On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Certaines femmes optent pour la banque de sperme, avec les risques que l’on sait. D’autres vont du côté de l’adoption. Et le regrettent ….
Dur témoignage, sur ce blogue du webzine Salon, d’une femme qui confesse ses «regrets»: elle a adopté un petit ange de huit ans, de l’équivalent de la DPJ locale. Sage, souriant, brillant, même. Mais son historique familial aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, disons. «Je savais que les enfants qui ont été abusés, négligés, abandonnés risquent d’avoir des problèmes émotifs», dit-elle. Et comment …
Fiston devenu grand, il est devenu violent, voleur, menteur. Abonné des ailes psychiatriques, il était tantôt agressif, limite déviant, tantôt doux, gentil, athlétique. Un psy l’a diagnostiqué sociopathe. À vingt ans, il s’est retrouvé dans une gang de rue.
«Douze ans plus tard, je peux vous dire en toute connaissance de cause, que si c’était à refaire, je ne le referais pas.»
Ouch.
J’ai déjà rencontré une famille adoptive du genre, aux prises avec deux enfants souffrant de troubles de l’attachement. Comme le fiston en question. Le pédiatre Jean-François Chicoine m’avait fait un commentaire très cru, d’une grande dureté, mais finalement très vrai: «Les gens (qui adoptent) ont toujours l’impression que l’amour va tout changer. Mais il y a des enfants qui vont mieux évoluer hors d’une famille. Ces enfants ont trop souffert, ils ont été trop longtemps en institution pour profiter des liens d’une famille.»
Silvia Galipeau, Mardi 28 juillet 2009
