Notre parole

 

CHOIX DE TEXTES: VACCINATION & IMMUNISATION

 

Vaccination, immunisation, système immunitaire, effets secondaires...par les collaborateurs de Le monde est ailleurs

 

 

 

Photo LMEA: Rougeole, Qc, Canada, Années 1980

 


 

VACCINATION

Les vaccins et le système immunitaire des enfants

 

Par Dr Philippe Ovetchkine, pédiatre infectiologue

CHU Ste-Justine, Montréal, Québec, Canada

Avec Le monde est ailleurs

 

 

Extrait de www.servicevie.com/Transcontinental

Dernière révision : 3 février 2008

 

 

Les jeunes parents qui n’ont jamais connu les effets dramatiques de la diphtérie, du tétanos, de la poliomyélite et de toutes ces maladies sont actuellement de plus en plus nombreux à considérer que leurs enfants reçoivent trop de vaccins, que les nourrissons sont trop jeunes, que leur système immunitaire est immature pour répondre à ces antigènes vaccinaux et qu’autant de vaccins affaiblissent le système immunitaire des tout-petits.

 

Il y a 100 ans, les nourrissons recevaient un seul vaccin : contre la variole. Il y a 40 ans les enfants recevaient en routine 6 vaccins (diphtérie, coqueluche, tétanos, poliomyélite, variole et BCG). Aujourd’hui, les nourrissons en reçoivent en moyenne 10. Il est admis que l’augmentation de ces vaccins et du nombre d’enfants vaccinés ont permis d’obtenir une diminution spectaculaire de la morbidité et de la mortalité dues à certaines maladies invasives, désormais évitables.

 

Mon enfant est trop jeune pour être vacciné ? 

La réponse judicieuse à cette question de plus en plus posée par les parents repose sur nos connaissances du système immunitaire du nouveau-né et du nourrisson.

 

Le nouveau-né et le jeune nourrisson sont protégés contre certaines maladies infectieuses par la présence des anticorps maternels (IgG) qui ont traversé le placenta avant la naissance. L’allaitement maternel permet de plus, après la naissance, l’apport d’immunoglobulines A.

 

Cependant, ces anticorps acquis « passivement » ne permettent une protection du bébé à la seule condition que la mère ait été immunisée contre ces antigènes, autrement dit qu’elle ait elle-même été vaccinée ou qu’elle ait un jour fait la maladie en question. Également, la durée de vie de ces anticorps est limitée puisqu’ils disparaissent au cours des premiers mois de vie. Par ailleurs, l’allaitement maternel ne dure au mieux que quelques mois. Enfin, et ceci est un argument majeur, il faut rappeler que ces anticorps maternels offrent souvent une protection moindre comparativement aux anticorps acquis « activement », après immunisation. L’un des exemples les plus connus reste celui de la coqueluche, où des anticorps maternels sont présents chez le tout jeune nourrisson mais ne lui offrent aucune protection contre la maladie.

 

La capacité de réponse antigénique débute avant la naissance. Les lymphocytes B et T sont présents dès la 14ème semaine de vie embryonnaire. Le nouveau-né possède dès la naissance les capacités de réponses immunitaires humorales (IgG, IgM, î) mais également cellulaires (réponses T-helper et T-cytotoxiques). En effet, l’existence même de ce système immunitaire présent dès la naissance est une condition nécessaire pour passer d’un environnement quasi stérile, dans lequel il a baigné durant la vie utérine, à un monde très peuplé de bactéries : depuis la filière génitale jusqu’à l’environnement de la salle de naissance. Après quelques heures, son tube digestif jusqu’alors stérile se remplit d’une multitude de composants antigéniques, avec pour exemples Escherischia coli et des streptocoques, des bactéries anaérobies telles que Clostridium et/ou Bacteroïdes.

 

Ce système immunitaire est fonctionnel. Pour témoin, l’efficacité de la vaccination contre l’hépatite B, dès la naissance, chez les dont la mère est porteuse chronique de l’antigène HBS : efficace non seulement en terme de production d’anticorps, mais également cliniquement, en prévenant la cirrhose puis le développement de cancers du foie chez ces enfants.

 

Le nourrisson, quant à lui, possède la même faculté à répondre à ces antigènes administrés simultanément, et plus de 90% des nourrissons ont développé des anticorps contre les différentes valences vaccinales qui ont été administrées entre 2 et 6 mois, leur conférant ainsi une protection.

 

En conclusion, le jeune nourrisson a un système immunitaire lui permettant de répondre efficacement à une stimulation vaccinale.

 

À quel âge faut-il vraiment vacciner ? 

Il faut vacciner tôt pour protéger le plus vite possible contre les microbes les plus dangereux.

 

Les maladies infectieuses pendant la première année de vie sont fréquentes et peuvent être graves. On estime qu’elles sont responsables de 2.5 à 3 millions de décès chaque année dans le monde. Il s’agit essentiellement :

 

D’infections aiguës des voies respiratoires d’origine virale (VRS, Rougeole, autres virus), ou bactérienne (coqueluche, pneumocoque, haemophilus) ;

 

D’infections digestives (gastro-entérites). En Occident, les micro-organismes en cause sont le plus souvent des virus (rotavirus essentiellement : calicivirus, coronavirus), mais des bactéries peuvent être également en cause : salmonelles, shigelles, colibacille ;

 

D’infections invasives à haemophilus (que seule la vaccination a permis de faire reculer), à pneumocoque, à méningocoque.

 

Cette fragilité aux infections du petit nourrisson témoigne du laps de temps nécessaire au développement immunitaire dont la maturation nécessite plusieurs mois.

 

La coqueluche est une maladie grave qui peut être mortelle chez le petit nourrisson, raison pour laquelle il est nécessaire de vacciner dès l’âge de 3 mois. Un retard vaccinal injustifié peut être très préjudiciable puisque c’est justement durant les premiers mois de vie que le nourrisson est le plus fragile vis à vis de ces infections.

 

On rappelle ici que le prématuré doit être vacciné à 2 mois d’âge civil et non en âge corrigé.

 

Les vaccins pentavalents permettent de protéger tôt contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite et les infections invasives à Haemophilus b, en débutant ces vaccinations dès l’âge de 2 mois. De même, un des intérêts principaux du vaccin conjugué anti-pneumococcique est de pouvoir être administré tôt, avant l’âge où surviennent les infections sévères à pneumocoques (méningites, bactériémies, pneumonies bactériémiques).

 

L’âge de la vaccination contre la rougeole (et donc de la rubéole et des oreillons) reste fixé après 12 mois, dans la mesure où les anticorps maternels empêchent une bonne efficacité du vaccin s’il est administré plus tôt. On peut cependant vacciner contre la rougeole dès l’âge de 9 mois, mais dans ce cas il faut faire une deuxième injection 6 mois plus tard sous forme de vaccin triple.

 

En conclusion, il faut vacciner le plus tôt possible et les recommandations actuelles du calendrier vaccinal, qui prennent en compte les différentes caractéristiques épidémiologiques et microbiologiques de chaque micro-organisme, sont à suivre précisément.

 

Les vaccins affaiblissent-ils le système immunitaire ?

C’est à l’âge de 5-6 mois que disparaissent chez le bébé les anticorps protecteurs maternels.  C’est donc à cet âge de 5-6 mois que les nourrissons commencent généralement à développer leurs premières infections, le plus souvent d’origine virale, parfois bactérienne. Mais c’est aussi à cet âge que s’effectue la période de primo-vaccination. Certains parents établissent donc en un lien de causalité entre l’un et l’autre alors que les infections s’expliquent plus aisément la disparition des Ac protecteurs. Ces infections deviennent donc un argument, non pas contre, mais pour une vaccination.

 

Différentes études ont montré que l’incidence des infections n’était pas plus importante chez les enfants vaccinés que chez les enfants non vaccinés. Au contraire, une étude réalisée en Allemagne a démontré (à propos de 496 enfants) que les nourrissons vaccinés dès l’âge de 3 mois développaient moins d’infections que les non vaccinés. De plus, autre argument pour la vaccination au berceau, à cet âge peuvent survenir certaines infections virales qui prédisposent à la survenue d’infections invasives bactériennes. Les exemples les plus connus sont la grippe qui favorise les surinfections méningococciques ou pneumococciques ou bien encore la varicelle qui favorise des infections streptococciques sévères pour ne citer que ces associations.

 

Peut-il y avoir trop de vaccins, le système immunitaire peut-il être saturé ! 

Avec les années, la qualité des produits vaccinaux s’est constamment améliorée. Ainsi, les premiers vaccins établis à partir de produits vivants, plus ou moins atténués, représentaient une « mixture » composée d’une multitude d’antigènes eux-mêmes composés de plusieurs épitopes (environ 200 protéines pour le vaccin variole). De nos jours, les antigènes administrés sont de plus en plus purifiés, en conservant une efficacité analogue (moins de 100 protéines pour les 10 vaccins). De ce fait, il serait plus juste de dire que l’on protège actuellement contre plus de maladies en utilisant moins d’antigènes. Certains auteurs ont démontré qu’avec 107 lymphocytes B circulants, un enfant pouvait répondre à 10.000 vaccins. Ainsi, lors d’une vaccination par 10 antigènes, seulement 0,1% du système immunitaire va être concerné. C’est rien. 

 

SOURCES

 

Otto S, Mahner B, Kadow I, et al. General non-specific morbidity is reduced after vaccination within the third month of life—the Greifswald study. J Infect. 2000; 41:172 –175

 

Ovetchkine, P. Vaccination et immunité, Montréal, Le monde est ailleurs, 2008

 


VACCINATION

Vaccins et croyances : « Un vaccin qui cause l’autisme ? »

 

Par Roxane Therrien, pharmacienne

CHU Ste-Justine, Montréal, Québec, Canada

Avec Le monde est ailleurs

 

Extrait de www.servicevie.com/Transcontinental

Dernière révision : 15 novembre 2007

 

 

Mythe : « Le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO) cause l’autisme. » Après voir semé quelques inquiétudes, cette affirmation n’a jamais été prouvée. 

 

Des cas inquiétants

Toute la controverse à ce sujet débute en 1998, lorsqu’un médecin britannique, Andrew Wakefield, décrit les cas de 12 enfants souffrant de ce qu’il croit être une nouvelle forme de maladie intestinale associée à des troubles de développement. Il la baptise « entérocolite autistique ». Ce médecin affirme que les symptômes ont fait leur apparition dans le mois suivant l’administration du vaccin RRO et que le vaccin est sans équivoque la cause de la maladie.  Il soutient la théorie douteuse que le vaccin RRO cause une inflammation intestinale permettant l’entrée de substances qui exercent un effet nocif sur le cerveau et entravant son développement normal. Il recommande de cesser la vaccination avec le vaccin combiné et de poursuivre avec les vaccins séparés contre chacune des maladies, ce qui va à l’encontre de sa théorie, sans aucune preuve plus solide. Il échangeait quatre vingt cinq sous pour une piastre.

 

L’inquiétude quant à ce vaccin est aussi alimentée par une augmentation significative des diagnostics d’autisme observée depuis 1990.

 

Conséquences sérieuses d’une nouvelle non fondée

Ces évènements ont créés une grande commotion au Royaume Uni et dans le monde. Le doute s’est installé et plusieurs parents et professionnels de la santé refusent carrément de vacciner les enfants contre la rougeole, la rubéole et les oreillons. Parmi eux : le premier ministre en personne Tony Blair. Résultat : le taux de vaccination avec le vaccin RRO est alors passé au Royaume uni de 94 à 75%. Des cas de rougeole ont aussitôt suivis.

 

Sans la protection vaccinale contre ces trois maladies, à quoi s’expose-t-on ? La rougeole est une maladie très contagieuse qui peut se compliquer en otites, en infections pulmonaires et en encéphalites (1 cas sur 1000) causant des dommages permanents au cerveau. Une personne atteinte sur 300 en décèdera. La rubéole est une maladie relativement bénigne en soi, mais sa plus grave complication est l’infection du fœtus durant la grossesse. Cela peut avoir des conséquences désastreuses  sur l’enfant à naître : des malformations cardiaques, de la surdité, des cataractes et un retard mental. Toute femme en âge d’avoir des enfants doit absolument être protégée contre la rubéole. Les oreillons se manifestent surtout par une infection des glandes salivaires mais peuvent se compliquer en méningite (10 à 30% des cas), en inflammation des testicules ou des ovaires et plus rarement en encéphalite. Avant l’apparition d’un vaccin qui nous en protège, les oreillons étaient la cause la plus fréquente de méningite virale et de stérilité.

 

Aucune preuve n’appuie la théorie du Dr Wakefield et son étude, si on peut la qualifier ainsi, comporte plusieurs irrégularités, méthodologiques notamment. Le célèbre journal The Lancet, qui avait publié la recherche du Dr Wakefield, a même affirmé qu’il n’aurait jamais dû publier l’article en raison d’un conflit d’intérêt de l’auteur qui s’est révélé après la publication de son article. Le Dr Wakefield avait en effet été impliqué dans un recours de parents contre le fabricant du RRO.

 

Depuis ce temps, de nombreuses études chez des centaines de milliers d’enfants ont recherché une relation entre le vaccin RRO et les troubles neurodéveloppementaux, incluant l’autisme, ainsi qu’avec les maladies de l’intestin. Aucune relation de cause à effet n’a jamais été démontrée. Une composante incriminée du vaccin RRO, le thimérosal, a même été retirée du vaccin dans certains pays.  Résultat : aucun changement n’y a été observé dans l’incidence de l’autisme : il y en avait toujours autant chez les enfants qui avaient été exposés au thimérosal que ceux qui en avaient été « épargnés ».

 

 

D’où vient l’augmentation de l’autisme alors ?

Quant à l’augmentation des cas d’autisme dans les dernières décennies, l’explication la plus logique est le fait que l’autisme est mieux diagnostiqué qu’auparavant. Les critères diagnostiques ont changé depuis la dernière décennie et les parents sont plus sensibilisés. Donc, plus d’enfants sont maintenant diagnostiqués autistiques même si le taux de vaccination est le même. De plus, la vaccination avec le RRO a commencé bien avant les années 1990. Au Québec, on vaccine tout le monde avec le RRO depuis 1976!

 

Bref, les complications de la rougeole, de la rubéole et des oreillons ne sont pas un mythe, mais l’association entre le vaccin RRO et l’autisme est réellement de l’ordre de la croyance. À force d’études, les autorités scientifiques du monde ont fini par s’en convaincre sur toute la ligne. Voilà qui est parfaitement rassurant pour les familles. L’affaire est réglée.

 

 

SOURCES

 

Ministère de la Santé et des Services Sociaux. Protocole d'immunisation du Québec.  Édition avril 2004, mise à jour octobre 2007.

Wakefield A,  Murch SH, Anthony A et coll. Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children. Lancet 1998

Fombonne E, Shakrabarti S. No Evidence for A New Variant of Measles-Mumps-Rubella-Induced Autism. Pediatrics 2001;108(4):58.

Halsey NA, Hyman SL and the Conference Writing Panel. Measles-Mumps-Rubella Vaccine and Autistic Spectrum Disorder: Report From the New Challenges in Childhood Immunizations Conference Convened in Oak Brook, Illinois, June 12-13, 2000. Pediatrics 2001;107(5):84.

American academy of pediatrics, Report of the committee on infectious diseases, 2006.

National Vaccine advisory committee, Standards for child and immunization practices, Pediatrics, 2003, 112: 958-963

 


VACCINATION

On aime les vaccins!

 

Par Jean-François Chicoine, pédiatre

CHU Sainte-Justine

Avec Le monde est ailleurs

 

Extrait adapté de "Le calendrier de vaccination et l'enfant": « Aux petits soins », TVA, 2008

Éditeur: Le monde est ailleurs, Qc., Canada

Derniére révision : 25 juillet 2009

 

 

La vaccination est un cadeau de l’homme à son bébé. Contre les maladies infectieuses infantiles les plus graves, c’est décidément la meilleure protection à offrir à un enfant. La plupart des parents sont d’accord avec le principe, fort heureusement. Au Québec, comme ailleurs dans le monde, une stratégie d’immunisation est mise en place pour le bien des uns et des autres.

 

À la naissance, un enfant bénéficie des anticorps transmis par sa mère. Cette immunité maternelle — on pourrait même dire maternante — le protège contre de nombreuses maladies… pas toutes, mais une majorité. Toutefois, dès les mois qui suivent, la barrière de protection naturelle disparaît et l'enfant redevient vulnérable à la plupart des infections.

 

À moins d’être vacciné.

 

Vaccination, immunité et profits

Lorsqu'on vaccine un enfant, on lui administre en quantité infime des bactéries ou des virus affaiblis, tués, ou encore copiés sur des microbes par génie biotechnologique, et, ce, pour faire croire au corps qu'il est malade - bien entendu, sans qu’il le soit pour vrai ou le devienne par la suite.

 

Bon soldat, le système immunitaire se met alors à développer des anticorps spécifiques à la maladie contre laquelle on a vacciné l'enfant. Ces anticorps en circulation le protègent ensuite contre cette maladie, ou encore en atténuent les effets, advenant que le mal soit déjà installé.

 

Brillant, bien fait et totalement lumineux : de fait, il y a peu d’entreprises humaines qui se soient avérées aussi profitables que la vaccination.

 

Un protocole d’immunisation

Chaque vaccin est préparé pour protéger l’organisme contre une maladie en particulier. Chaque pays, chaque province, chaque région du monde a donc sa stratégie particulière pour protéger ses enfants en croissance et bien entretenir ses adultes de tous âges : c’est ce qu’on appelle le calendrier de vaccination.

 

Le protocole d’immunisation est concocté par des cliniciens, des épidémiologistes, des microbiologistes, des pharmaciens, des experts de santé publique, etc., en fonction des maladies à combattre localement ou dans le monde et de l’argent disponible pour telle ou telle politique de santé. Big, comme on dit.

 

La recherche didactique nécessaire autant que les rouages politiques sont impressionnants, mais au bout du compte, les priorités scientifiques et les principaux enjeux éthiques sont respectés. Pour vous, pour moi, pour nos familles et amis, enfin pour l’humanité, les impacts positifs sont garantis. Contrairement à ce qu’on a déjà entendu dire, aucun bébé n’est sacrifié à la science, chaque intervention individuelle ou populationnelle est scrutée à la loupe au meilleur des connaissances universelles sur l’immunisation.

 

Des vaccins pour le monde

Grâce au programme de vaccination de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi qu’à son programme dit « élargi », et qui rallonge un peu sur le menu à offrir, une part de plus en plus importante des enfants des pays en émergence peuvent dorénavant bénéficier de quelques vaccins prioritaires.

 

En 2003 par exemple, la couverture mondiale des populations en question par trois doses du vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche était de 78 %, contre 20 % seulement en 1980. Belle avancée! Toujours en 2003 cependant, 27 millions d’enfants dans le monde n’avaient toujours pas été vaccinés par ce même régime, dont 9,9 millions en Asie du Sud et 9,6 millions en Afrique subsaharienne. Il y a encore à faire… Les populations qui ne bénéficient pas des programmes de vaccination systématique vivent principalement dans des endroits reculés, des taudis urbains ou des zones frontalières. De grands oubliés se retrouvent également parmi les populations autochtones, les personnes déplacées lors de guerres ou de famines et les familles privées de l’accès à la vaccination par des barrières sociales ou des croyances rudement ancrées.

 

Les vaccins sont fournis par la communauté internationale et, selon ses capacités techniques et financières, par le pays où habite l’enfant. Les pays très pauvres, notamment plusieurs nations africaines, sont complètement assistés, d’autres fournissent tel ou tel vaccin dans la mesure de leurs possibilités.

 

Cette façon de faire permet aux enfants les plus à risques de la planète de recevoir démocratiquement le BCG, le vaccin contre la tuberculose, ainsi que les vaccins de la diphtérie, de la poliomyélite, du tétanos ou de la rougeole. Plusieurs enfants vont également pouvoir recevoir le vaccin contre l’hépatite B et celui contre la fièvre jaune. Mais rarement ces jeunes citoyens du monde auront été vaccinés contre les oreillons et la rubéole, des vaccins pourtant courants en Amérique du Nord ou en Europe de l’Ouest. Médecins et infirmières du Québec sont d’ailleurs à même de le constater quand quelques enfants parmi des millions d’autres immigrent ou se réfugient au Canada avec leurs familles.

 

Des vaccins pour le Québec

Au Québec, le calendrier de base est fait de vaccins destinés à protéger la population contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la poliomyélite, la rougeole, la rubéole et les oreillons. Aux doses initiales, il faut ajouter les rappels nécessaires pour l’obtention de la meilleure protection possible.

 

Dans les deux dernières décennies, on a ajouté à notre carnet des vaccins nouveaux pour protéger les nourrissons et les enfants contre des infections graves à pneumocoque, à méningocoque, à haemophilus influenzae de type B, contre le virus de la varicelle, de l’hépatite B et contre la grippe, avec des différentes fenêtres d’âges et de priorisation. La vaccination contre l’haemophilus, pour ne reprendre que celle-là, a été une avancée pédiatrique prodigieuse dans les années 1990 alors que les infections sévères que causaient la bactérie, notamment la méningite, ont chutait enfin à près de zéro. Les jeunes enfants étaient tout spécialement à risques. Le microbe est une petite bête, c’est tout. Il est sans scrupules.

 

Cette année, on ajoute au programme provincial de vaccination systématique un vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) d’abord destiné aux jeunes filles, avec l’intention de lutter contre le cancer du col utérin qui lui est apparenté.

 

D’autres vaccins suivront, selon les volontés humaines, les exigences de la nature et les avancées de la science.

 

Des vaccins en extra

Au calendrier de base, doit parfois s’ajouter d’autres vaccins, par exemple pour partir à l’étranger, notamment contre l’hépatite A, la fièvre jaune ou la typhoïde, ou encore des occasions vaccinales pour protéger l’enfant de maladies pour lesquelles il est particulièrement à risque, par exemple s’il souffre d’asthme ou d’une leucémie.

 

L’infirmière vaccinatrice inscrit ces immunisations complémentaires dans le carnet régulier de l’enfant ou, au besoin, dans un carnet de vaccination internationale. Un tampon est nécessaire pour le vaccin contre la fièvre jaune, les douaniers étant susceptibles de vérifier la validité du centre de vaccination autorisé.

 

Des vaccins en masse

Les différents vaccins prévus au calendrier officiel sont administrés sous forme d’injections à des âges spécifiques, au moment où l’enfant est le plus vulnérable à telle ou telle infection grave. Il est donc important que les premières injections et les rappels soient faits à l’âge précis où il est recommandé de le faire, afin d’assurer la protection optimale à l’enfant.

 

Mais « injections » s’écrit avec un « s ». Vous avez tout compris : à travers la liste d’épicerie de vaccins que je vous mentionne, il y a décidément de plus en plus de piqures au programme. À 12 mois par exemple, l’enfant québécois doit recevoir 4 injections. Tant et si bien que les vaccinateurs ont parfois l’impression de trouer le bébé. Vous lui donnez un verre d’eau et il a l’air d’une fontaine!

 

Mais les injections ont beau être éprouvantes pour l’enfant et ses parents, personne n’a, et ne dit, que c’est une mauvaise nouvelle. Bien au contraire : on aime les vaccins!

 

V comme « Vaccination »

La vaccination a remarquablement fait ses preuves comme instrument de lutte contre les maladies, voire dans l’éradication planétaire d’une des plus virulentes de celles-ci. On la cite souvent, et à raison : une campagne de vaccination menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 1967 à 1977 a permis d’éradiquer la survenue naturelle de la variole. Au début du programme, la maladie menaçait encore 60 % de la population mondiale et, sur quatre personnes atteintes, en tuait au moins une.

 

Dans une même ligne de pensée, l’éradication de la poliomyélite est à portée de main. Depuis le lancement par l’OMS et ses partenaires en 1988 de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite, le nombre des infections a reculé de 99 % et quelque cinq millions de personnes ont échappé à la paralysie. Montréal, 1959, à l’Hôpital Sainte-Justine, un étage entier était réservé aux petits malades de la poliomyélite, avec des poumons d’acier en sus pour ceux qui n’arrivaient plus à respirer. Dans les semaines qui suivraient l’épidémie, parents et enfants feraient des heures de queue sur le chemin de la Cote Sainte-Catherine, de l’hôpital jusqu’à la cote des Neiges — ça fait long. Devinez-ce qu’ils attendaient? Ils attendaient pour être vaccinés contre la polio.

 

Pour sa part, et avec le SIDA et la gastro-entérite, la rougeole est encore l’une des plus grandes tueuses d’enfants. Entre 1999 et 2003, le nombre des décès par rougeole a baissé de près de 40 % dans le monde; pour ce siècle, on ne vise rien de moins que l’éradication de la rougeole de la planète. Historiser un virus, la joie!

 

Grâce à l’immunisation précoce toujours, le tétanos maternel et le tétanos néonatal également seront bientôt éliminés dans 14 des 57 pays à haut risque. Des vaccins nouveaux ont aussi donné des résultats importants, notamment le vaccin contre l’hépatite B, à Taiwan notamment, où des effets magistraux ont pu être mesurés. Le cancer du foie est celui qui atteint le plus d’individus dans le monde et c’est l’hépatite B qui en est le principal responsable.

 

Victime de son succès

De tout pour faire un monde… Malheureusement, certains terriens persistent à croire que de nombreuses maladies disparaissent grâce à l'amélioration des conditions d'hygiène, et non en raison de la vaccination. L’hygiène et l'alimentation ont effectivement contribué à diminuer le taux de mortalité imputé aux maladies à prévenir par la vaccination. Mais c'est seulement après l'apparition des vaccins que l'on a pu remarquer une baisse significative du taux des maladies elles-mêmes. Cette notion est très claire épidémiologiquement. Quand ces terriens vous disent le contraire, ils vous désinforment. Partout où la vaccination est répandue, le taux de maladie est faible. Plus la vaccination est répandue et les calendriers d’immunisation respectés, plus le taux de maladie est faible.

 

C’est là le paradoxe de la vaccination, qui est punie pour son succès. C’est bien parce que la vaccination est efficace qu’on oublie son utilité. Avez-vous déjà croisé des gens frappés par la rage, la variole, la polio ou le tétanos?

 

Vaccins à réactions

Les vaccins peuvent entraîner des réactions mineures, c’est vrai, comme un léger gonflement et une sensibilité de la peau à l'endroit de l'injection, parfois accompagnés de faibles hausses de température. Ces automatismes passagers cèdent à un peu d’acetaminophène ou d’ibuprofène.

 

Les réactions allergiques ou secondaires graves sont extrêmement rares, rarissimes même. On estime les voir dans moins d'un cas sur un million de doses de vaccins au Canada. Les contrôles mis en place par le gouvernement sont efficaces et aussi sûrs que possible.

 

La vaccination multiple

Plusieurs vaccins sont regroupés en une seule piqûre, c’est déjà cela de pris en matière de souffrance. Par génie vaccininologique, les pharmaceutiques réussissent à mixer une protection contre une maladie X avec une autre contre une maladie Y, du tétanos avec de la coqueluche par exemple.

 

Mais tous les grands classiques en matière de vaccination, autant que les dernières recrues, ne peuvent pas être amalgamés dans la même seringue pour être administrés en une seule piqûre du style « des pommes avec des bananes ». Pour être en règle avec le calendrier vaccinal québécois, l’enfant doit donc recevoir bien des immunisations une à une, en fait entre 1 et 5 injections de vaccins lors de la même visite.

 

Évidemment, personne n’aime voir son enfant subir un tel déferlement. Mais il faut voir un peu plus loin et se mettre VRAIMENT à la place du tout-petit. Que préférait-il s’il avait à choisir pour lui : recevoir 4 injections de vaccins en une minute, le temps effectif qu’il faut à un vaccinateur expérimenté, et être ainsi libéré pour six mois ou bien recevoir deux vaccins lors d’une visite, puis revenir deux semaines plus tard, retrouver possiblement le même vaccinateur, le reconnaître et être déjà appréhensif à sa vue, pour ensuite recevoir encore 2 vaccins, donc deux piqûres, sans parler des déplacements additionnels et des stationnements impossibles pour ses parents déjà en bout de course?

 

Le système immunitaire supporte bien les quatre vaccins dans la même séance. Les vaccins sont aujourd’hui très purifiés et le potentiel de réponse immunitaire d’un enfant est immense. Pour l’immunité, c’est une affaire de rien. En fait, le système immunitaire travaille beaucoup plus fort quand un enfant touche une poignée de porte dans un lieu public et porte ensuite ses mains à sa bouche.

 

Pour tout dire : plusieurs vaccins d’un coup, c’est tendance et… c’est la liberté!

 

Réflexion de cadre de porte

Vous sortez bredouille du bureau du médecin ou de l’infirmière du CLSC, car vous êtes du genre à douter de la pertinence du calendrier d’immunisation québécois : peur du nombre d’injections, peur de vacciner un « si petit bébé », peur des réactions secondaires aux vaccins, peur d’être sous le joug des entreprises pharmaceutiques ou bref, peur de je ne sais quoi.

 

Contre la peur, je ne connais pas toutes les armes, donc je ne pourrai pas l’impossible pour vous. Mais imaginons que vous êtes encore sur le pas de la porte, alors toujours susceptible d’avoir un dernier avis :

 

Si vous n'avez pas fait vacciner votre enfant et que vous désirez le faire, retenez bien ceci : il n'est jamais trop tard. On lui concoctera un programme particulier, genre VIP, appelé « calendrier de rattrapage ». Par ailleurs, si vous ne voulez toujours pas faire vacciner votre bébé, votre enfant, voire votre « grand », relisez cet article et d’autres sur des questions apparentées. Copiez, recopiez ces articles, à la main… comme à la petite école! Promis, ce n’est pas une punition : c’est juste pour vous donner le temps d’y repenser. 

 

Amadeus et Haemophilus

Rappelez-vous que Mozart a eu six enfants. Mais seuls deux ont atteint l’âge adulte. Pour avoir deux enfants en santé, aujourd’hui, plus besoin d’en faire six! Pensez-y-bien : deux suffisent! Ça laisse du temps pour faire bien d’autres choses… De la musique par exemple.  

 

SOURCES

 

Mes remerciements au Dr Philippe Ovetchkine, pédiatre infectiologue et à Mme Sandra Caron, infirmière, en maladies infectieuses et en santé internationale.

 

American academy of pediatrics, Report of the committee on infectious diseases, 2006.

Comité consultatif national sur l’immunisation. Déclaration sur le vaccin contre le virus du papillome humain. RMTC 2007;33 (DCC-2): 1-32.

Ministère de la Santé et des Services Sociaux Protocole d'immunisation du Québec. Feuillets d'informations pour les personnes à vacciner. Québec : Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux, 2004.

National Vaccine advisory committee, Standards for child and immunization practices, Pediatrics, 2003, 112: 958-963

 

 

 

Archives LMEA: The Gazette, january 11, 1992

 

 

 

Dernière révision: 17 janvier 2012

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