Pour rien au monde
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Pubs trompeuses, arnaques, médicaments inutiles, produits dangereux, pratiques douteuses...et les opinions des collaborateurs de Le monde est ailleurs
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IRIDOLOGIE
Voulez-vous jouer à la chèvre?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de médecines différentes, Comité des politiques de santé, CHU Sainte-Justine 1997
Publication électronique, Le monde est ailleurs, 11 janvier 2012
L’iridologie est une technique non conventionnelle d’observation de l’iris, au moyen de lampes, de loupes, avec usage de photographies, d’images numérisées, etc.
Ses partisans, qui considèrent l’iris comme un véritable tableau de bord de l’organisme, soutiennent pouvoir y observer les prédispositions morbides de la personne qui les consulte, lui recommander des prescriptions de vie, voire préciser le nombre d’années qu’il lui reste à vivre.
Aperçu anthropologique
Développée au tournant du vingtième siècle, l’iridologie s’inspire, entre autres, de la capacité des bergers de diagnostiquer à l’œil les maladies de leurs chèvres.
Suite à d’autres observations, un médecin homéopathe hongrois, le Docteur Ignaz Von Peczecly, jette les bases de cette pratique qui se répand en Europe, puis aux États-Unis, sous l’influence du Dr Bernard Jensen qui lui consacre un livre. L’iridologie est actuellement pratiquée par des réflexologues, des naturopathes, des phytothérapeutes ou tout simplement par des iridologues. Quelques médecins pratiquent également la discipline, notamment en Hongrie.
Aperçu sociosanitaire
Il ne faut pas confondre les examens oculaires réalisés dans le cadre de l’iridologie avec ceux effectués par des professionnels de la santé, notamment des ophtalmologistes, des optométristes ou des orthoptistes. L’iridologie, qui ne repose pas sur des assises scientifiques anatomiques, physiologiques ou physiopathologiques, ne permet pas de poser un diagnostic médical, ni d’en déduire une conduite thérapeutique.
Les adultes peuvent toujours s’y adonner, mais les enfants devraient en être épargnés. Par dignité.
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THÉRAPIES ÉPURATIVES/ CLYSTÈRES / HYDROTHÉRAPIE COLONIQUE / IRRIGATION DU COLON
Voulez-vous l'épuration?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de médecines différentes, Comité des politiques de santé, CHU Sainte-Justine 1997
Publication électronique, Le monde est ailleurs, 11 janvier 2012
Thérapies épuratives, clystères...D'une civilisation à l'autre, d'une époque à l'autre, c'est la meme volonté de pureté. Les irrigateurs de colon, une sorte de romantiques?
Les thérapies épuratives
Différentes thérapies épuratives plus ou moins inspirées par la médecine ayurvédique nous sont maintenant offertes sur le marché occidental des médecines différentes. Ces pratiques, il faut bien le dire, ont d’abord et avant tout des ascendants majoritairement ésotériques et mystiques conformes à la morale ayurvédique dont l’un des enjeux est de purifier la réalité de tous les jours pour faciliter l’accès au monde immatériel de l’éternité. Comme tant d’autres aspects caractéristiques des multiples facettes de la spiritualité hindouiste, ces prescriptions de vie ont aussi leurs conséquences pratiques, certaines positives et d’autres tragiques.
La plus célèbre de toutes les thérapies épuratives est sans nul doute le végétarisme dont la pratique est aujourd’hui si répandue qu’on en arrive parfois à oublier ses origines mystiques, entre autres sa croyance en une trame continue de petites existences entre l’homme et l’animal. Comme on le sait, certaines formes de végétarisme comportent leur lot de conséquences dramatiques tandis que des approches plus rationnelles offrent par ailleurs des avantages scientifiques bien documentés.
Connexes aux dimensions spirituelles et sacrées du végétarisme, des avatars plus dogmatiques de la médecine ayurvédique nous sont malheureusement également parvenus. Ce sont en l’occurrence la diète macrobiotique, le jeûne à l’eau sous toutes ses formes, l’irrigation du côlon à l’eau "vivante" (ou hydroentérothérapie ou hygiène intestinale), dont la pratique ancestrale remonte aussi à l’ancienne Égypte, l’irrigation nasale ou gastrique, la massothérapie à l’huile chaude, toutes des thérapies épuratives qui se chargent de vertus soi-disant énergétiques et qui allient les conséquences .éventuelles d’un empirisme abrutissant et dangereux à un charlatisme intégral.
Les clystères de Molière
Le clystère (du grec « klyzein » : laver) est le nom anciennement donné au lavement, traitement très fréquemment administré aux XVIIe et XVIIIe siècles pour épurer les organes et éliminer les humeurs. Le clystère désigne aussi la grande seringue métallique, en étain, utilisée à cet effet.
À l’époque, les deux grands remèdes ordonnés par les médecins sont la saignée et le clystère : « … un bon clystère détersif, composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat, et autres, suivant l'ordonnance, pour balayer, laver et nettoyer le bas-ventre de monsieur, trente sols. »
Dans « Le malade imaginaire », où figure cette prescription, comme dans plusieurs autres comédies, Molière (1622-1673) tourne en dérision cette pratique abusive de la médecine allopathique. Le roi Louis XIV (1638-1715) a lui-même subi de nombreux clystères.
Les irrigateurs de colon
De nos jours, les adeptes de l’irrigation colonique poursuivent leurs aspirations épuratives dans des agendas chargés de lavements. En pédiatrie, les lavements sont prescrits contre la constipation sévère, ou dans le cadre de préparations radiologique ou chirurgicale. Autrement, ils sont dangereux à administrer à qui mieux mieux, notamment en raison des déséquilibres électrolytiques qu’ils risquent d’entrainer.
Un enfant ne devrait jamais se retrouver devant un irrigateur, ni même baisser ses culottes devant lui. Surtout pas.
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MÉGAVITAMINOTHÉRAPIE
Voulez-vous des vitamines?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de médecines différentes, Comité des politiques de santé, CHU Sainte-Justine 1997
Publication électronique, Le monde est ailleurs, 11 janvier 2012
Se faire vendre des mégadoses de vitamines!
Recommandée pour contrer le rhume, l’impuissance, la schizophrénie, le cancer, la fatigue, le stress, et enfin pour enrayer toutes les pathologies ou "dysharmonies énergétiques" qu’on puisse imaginer, les mégadoses de suppléments vitaminiques, méga car souvent des dizaines de fois supérieures aux recommandations quotidiennes normalement retrouvées dans la nourriture, font la joie des naturopathes, orthothérapeutes, etc.
Sans se faire trop de soucis pour les excès dangereux (vitamine A, D, niacine, etc.), les vendeurs de mégadoses de vitamine sont perpétuellement à l’affût de toutes les nouveautés scientifiques, (vitamine A et certaines formes de cancer, accélération de l’élimination de la vitamine C chez les fumeurs, etc.) pour les interpréter à leur façon généralement de manière à favoriser la supplémentation artificielle (naturelle aux dires de leurs publicités) au détriment de notre panier de provisions.
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POLARITÉ
Voulez-vous de la bioélectricité?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de médecines différentes, Comité des politiques de santé, CHU Sainte-Justine 1997
Publication électronique, Le monde est ailleurs, 11 janvier 2012
La polarité trouve ses sources dans une théorie hybride du milieu du siècle inspirée, d’une part par l’ère de l’électricité et, d’autre part, par des principes philosophiques égyptiens, chinois, mais surtout ayurvédiques…
La polarité est créée aux États-Unis par Randolph Stone, un Autrichien entraîné à l’ostéopathie, à la chiropratique, à la naturopathie, à l’acupuncture ainsi qu’à la réflexologie.
Sa méthode se veut fondée sur le fait qu’un champ électromagnétique circule tout autour de notre corps, qu’il y pénétrerait de même, pour y créer un système énergétique fort complexe sans rapport avec celui des méridiens chinois, composé de forces positives, négatives ou neutres selon les endroits, les pieds étant par exemple de charge négative, et le côté droit de charge positive; différents niveaux d’énergie individuelle dits moléculaires, chimiques ou électriques, se retrouveraient ainsi en toute continuité avec l’énergie cosmique de l’univers et des éléments naturels qui le composent soit l’eau, la terre, l’air, le feu et l’éther.
La santé est ici définie selon des critères magico-sacrés comme un état harmonieux de balance énergétique et la maladie comme un blocage de cette même énergie, on imagine facilement que la mission du thérapeute sera celle de lever les barrières «énergétiques» qu’il aura identifiées et de mieux canaliser les forces «magnétiques» de son patient en lui suggérant des exercices respiratoires hindouistes, des diètes spéciales «détoxifiantes» et surtout en pratiquant sur lui avec ses mains des touchers «neutres», des mouvements «positifs» et des manipulations «négatives» soi-disant susceptibles de mettre en action les processus «naturels» d’autoguérison.
Il faut d’ailleurs insister pour dire qu’une séance de polarité se veut plutôt «génératrice» de santé qu’utile à lutter contre telle ou telle maladie spécifique. On peut noter également qu’il existe une variation du genre connue sous le nom d’autopolarité; elle consiste en quelque sorte à prescrire des exercices et des attitudes pouvant s’effectuer sur une base individuelle entre des sessions plus manipulatives, et certes plus coûteuses nécessitant l’intervention d’un thérapeute.
Malgré ses allures bioélectriques, la polarité n’est qu’une réduction «bêbête» des philosophies sacrées immanentes au yoga, à la méditation et à d’autres techniques ou thérapies archaïques. Les bienfaits qu’elle propose sont donc surtout de nature magico-sacrée vidéoclippée. D’un point de vue scientifique, sa manière d’enseigner la respiration, la visualisation, etc, pourrait entraîner les mêmes mécanismes psychocorporels qui sont régis par les techniques de détente dont elle s’inspire plus ou moins directement. Aussi, de par les manipulations qu’elle applique parfois, la polarité pourrait rejoindre certaines manœuvres pratiquées par exemple en ostéopathie américaine.
Le problème, c’est que la théorie n’introduit rien de neuf sur le plan pratique sinon une nouvelle dépendance à un thérapeute, situation malheureusement propre à la modernisation, à la commercialisation et à l’adaptation de pratiques orientales qui avaient à l’origine le grand avantage de se pratiquer simplement comme des habitudes de vie et de manière parfaitement autonome.
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MAGNÉTHOTHÉRAPIE / AIMANTS MAGNÉTIQUES
Voulez vous des aimants?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de médecines différentes, Comité des politiques de santé, CHU Sainte-Justine 1997
Publication électronique, Le monde est ailleurs, 21 janvier 2012
Initialement développée au Japon sous le nom de taïki-thérapie, la magnétothérapie s’inspire entre autres des figures posturales imposées par la philosophie théâtrale Nô selon laquelle l’immobilité, puis de ce fait même l’action apparemment immobile de métaux ou de petites pastilles aimantées idéalement collées sur des points d’acupuncture de la peau auraient une action génératrice de santé et une influence curative manifeste sur la douleur musculosquelettique, possiblement même sur l’hypertension, le diabète, la maladie chronique.
Aujourd’hui importée en Occident par des médecins, des infirmières à domicile, des kinésithérapeutes européens, des physiothérapeutes nord-américains ou simplement par des vendeurs impliqués dans des systèmes de vente pyramidale d’aimants dit japonais, de feuilles dite antalgiques à champ magnétique alterné et d’appareils coûteux dits électromédicaux, la taïki-thérapie a vu ses indications traditionnelles s’hypertrophier en thérapies lucratives médico-sacrées dites d’autoguérison, d’autodéfense et d’entraide, cherchant à tirer parti des récentes découvertes scientifiques relatives aux effets des champs électromagnétiques, par exemple sur la reprise osseuse des fractures.
Il est cependant impératif de réaliser que le recours aux aimants et tous les appareillages de magnétothérapie actuellement vendus à des prix exorbitants et sans considération humaniste ou utilisés à d’autres fins de celles d’une expérimentation clinique scientifiquement contrôlée, ne repose d’aucune façon sur les effets curatifs pédiatriques encore imprécis des champs électromagnétiques et surtout qu’il ne tient nullement compte des hypothèses sur les effets potentiellement inducteurs de ces derniers sur certaines formes de cancer ou d’embryopathies
Les aimants dans le traitement de la douleur: effet attractif ou effet placébo ?
Par Nadine Kabwe, pédiatre
Sherbrooke, Québec, Canada
Avec Le monde est ailleurs
Extrait de Servicevie.com/ Trancontinental
Dernière révision : 2 janvier 2008
Un coussin magnétique qui, pendant que vous dormez comme un bébé, vous protège du cancer, de l’arthrite, de l’ostéoporose et de l’hypertension, qui diminue les spasmes musculaires de la sclérose en plaques et qui augmente les lymphocytes T qui font si cruellement défaut dans le sang des sidatiques… Dieu aurait-il enfin pardonné tous leurs péchés aux humains pour leur vendre (70 $ CDN) un remède aussi miraculeux ? Les aimants auraient-ils enfin vaincu la douleur ?
La douleur fait mal. C’est la raison pour laquelle, à part les sado-masos que la douceur n’excite plus, les mal-aimés qui ont l’habitude de s’y faire ou quelques croyants qui croient plaire à Dieu en souffrant, la plupart des gens préfèreraient s’en passer. La douleur c’est le mal, et toutes les cultures ont leurs stratégies pour la conjurer : cela va du sacrifice des jeunes vierges au premier jour de la lune, jusqu’à l’aspirine dissoute dans un verre d’eau, en passant par l’utilisation des aimants pour influencer les courants magnétiques qui passent aussi dans notre corps, petit bout de Cosmos ambulant.
Une étude a été publiée en 2007 sur le traitement de la douleur à l’aide qui comparait l’effet des aimants statiques à celui de placebos dans des situations de souffrance apparentées. Cette étude avait pour principal intérêt d’être une revue de différentes études faites sur la question ; c’est en quelque sorte une étude sur les études, ce qu’on appelle une méta-analyse, avec point de vue critique (comme dans n’importe quelle étude). Conclusion : l’analyse statistique de toutes ces études révisées n’a montré aucune différence significative dans l’atténuation de la douleur entre les aimants et les placébos. De ce fait, les auteurs concluent que l’utilisation d’aimants statiques comme traitement contre la douleur n’est pas recommandée… et rien n’a jamais prouvé qu’elle puisse être recommandable ! Dans le cas de l’arthrose cependant, les données disponibles ne suffisaient pas pour exclure un avantage clinique.
Enlève-moi le mal et je te donnerai ce que ton coeur désire
Enlever le mal, le soustraire, le faire disparaître, l’anéantir, tous ces mots illustrent le combat que livrent nos semblables contre la souffrance depuis la nuit des temps. La souffrance du corps nous renvoie à notre propre limite, elle nous ramène à notre état d’individu fragile, sensible, bref, humain. Dès lors, comment s’étonner que depuis des siècles, plusieurs aient fantasmé sur le pouvoir qu’auraient les aimants à attirer les maladies et les faire sortir du corps. Après tout, les aimants font aussi tenir le numéro d’Info Santé sur la porte du frigo… Malheureusement, on n’a pas trouvé d’aimant assez puissant à coller au frigo pour attirer le gras trans hors des saucisses à hot dog qu’il renferme…
Paracelse, théâtre No et médecine énergétique
Un des précurseurs de l’utilisation d’aimants à des fins thérapeutiques fut Paracelse, un médecin, alchimiste et chirurgien suisse du 16ème siècle. Selon lui, l’aimant a le pouvoir de recentrer la maladie, de la circonscrire et de l’arrêter.
C’est au 18ème siècle que Franz-Anton Mesmer, un médecin allemand très controversé, émet une théorie sur l'existence d'un fluide universel pouvant être canalisé et isolé à des fins thérapeutiques : le magnétisme animal. Selon ses principes, les aimants étaient des matériaux aidant à drainer le flux de ce fluide vers les patients. Cette théorie fut abandonnée vers le milieu du 19ème siècle après un rapport de l’Académie de médecine de France concluant à l’inexistence du fluide universel. Mais au 20ème siècle, la création d’aimants permanents plus puissants devait raviver l’intérêt pour les aimants à des fins thérapeutiques.
L’influence du Japon n’est pas à négliger. Initialement développée sous le nom de Taiki-thérapie, l’utilisation d’aimants s’inspire des figures posturales imposées par la philosophie Nô, selon laquelle l’immobilité, et de ce fait l’action apparemment immobile de métaux ou de petites pastilles aimantés collées sur des points d’acupuncture, auraient une action curative ou génératrice de santé.
De nos jours, en médecines non conventionnelles, l’utilisation d’aimants sur les sites d’acupuncture s’appelle la magnétothérapie. Dans cette technique aux origines mixtes, on considère que le corps humain est parcouru de différents flux, principe que l’on retrouve également dans la majorité des thérapies dites « énergétiques ». L’aimant n’est ni un passeur ni un intermédiaire immobile, il agit, non pas sur l’homme, mais sur l’énergie qui traverse l’homme.
Moutons de Panurge ou Dépositaires du Fluide universel ?
La plupart des études sur les effets biologiques des champs magnétiques réguliers se sont faites sur les champs de haute fréquence, comme ceux utilisés dans les aimants d’imagerie par résonnance magnétique (IRM) tandis que les études portant sur les produits de thérapie magnétique sont très limitées. Peu de données intéressantes donc, d’où l’intérêt de les rassembler pour en faire une méta-analyse et tenter d’y voir plus clair : combinées, ces études nous confirment donc que les aimants n’apportent aucune aucune différence significative dans l’atténuation de la douleur.
Les conclusions portées par cette dernière étude sur l’utilisation d’aimants dans le traitement de la douleur doivent donc nous alarmer. À l’image de la polémique suscitée par le « mesmérisme », cette théorie du magnétisme animal, une critique sérieuse doit être faite sur toute pratique qui ne va pas dans l’intérêt du patient, qui ne vise qu’à s’enrichir à ses dépens ou qui pourrait carrément lui nuire. Force d’attraction à laquelle nous devons résister, les aimants n’attirent pas nécessairement le mal hors du corps.
SOURCES
Pittler Max H. Static magnets for reducing pain: systematic review and meta-analysis of randomized trials, CMAJ 2007; 177(7):736-42.
Commission des praticiens de médecine douce au Québec.http://www.cpmdq.com/
« Quakwatch », le guide sur la fraude et le charlatanisme du Dr Stephen Barrett :http://www.allerg.qc.ca/quackwatchfrancais.html
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NOUVEL AGE
Voulez-vous du moyen-age?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de "Nouvel age: la belle histoire, "Les grandes gueules", journal Voir 1993
Publication électronique, Le monde est ailleurs, 21 janvier 2012
Le Nouvel âge, c’est quoi au juste? Le dessert préféré d’une princesse moyenâgeuse, Jojo sur son quartier de lune? Est-ce le spirituel, le matériel ou l’inverse? Difficile de répondre, vous répliqueront les adeptes en arborant leurs produits dérivés, leurs planètes et leurs thérapeutes « New Age ».
Le nouvel-âge, pas vrai, vous ne connaissez pas, vraiment, vraiment pas? Même pas dans une vie antérieure? Allez, rebirthez-vous un peu et frottez-moi ce pied dévitalisé pour renouer avec votre « prénatal »! Et n’oublie pas tes ongles d’orteils, gros lou.
Fin de siècle
Chroniqueurs, auteurs, conférenciers ou thérapeutes tout court, ces « Peace and Love » de fin de siècle se comptent maintenant par milliers. Plus portés sur la santé globale d’autrui que sur le yéyé, ils ne s’en prennent plus seulement aux marguerites, mais étiolent aussi nos malades.
Certains ont découvert la voie astrale le jour où leur tourtière de seitan s’est mise à goûter la vraie tourtière. D’autres ont eu les chakras lousses ou le côlon encrassé. Plusieurs ont perdu confiance en la famille, parce que leur mononcle Gérard a voulu coucher avec eux; et en la médecine, parce que le docteur Gérard a voulu coucher avec eux; et en la communion parce que le frère Gérard a voulu coucher avec eux. Tous sont plus ou moins les produits d’une inculture scientifique qui reproche à la raison d’être trop « mentale », et tous utilisent leur vécu interpersonnel d’expériences conflictuelles pour se soigner eux-mêmes en donnant l’impression à d’autres de se faire soigner par eux.
Peu importent les diplômes, ils en inventent. Quant au « name dropping », ils s’y connaissent : Laborit, Selye, "name it!". Peu importe qu’ils sachent guérir ou non, puisque l’essentiel, c’est de prévenir. « Prévention », le mot magique, plus efficient encore si vous prononcez par le nez : « prévintion »
L’autre jour, l’un de ces "académiciens du fluide" divaguait à la télé sur la "dépolarisation énergétique" des enfants. Ce n’était pas le charisme qui manquait à ce thérapeute, c’était de l’épaisseur. Plus qu’insoutenable, sa légèreté donnait quasiment bon goût à sa fumisterie. Je sortais tout juste d’une nuit de garde à l’urgence – enfants leucémiques, maltraités, pauvres, etc. Chaleureusement, j’avais soigné ces gamins pour les aider à recouvrer une santé meilleure et pour qu’ils retournent le plus rapidement possible à leur vie et à des plaisirs qui n’appartiennent qu’à eux. Et non à ceux qui voudraient troquer leurs trips de Nintendo pour un communisme ésotérique d’adulte éploré. «Faites-le taire!», criai-je à ma télé, pour que le thérapeute cesse enfin sa pédiatrie malsaine.
Contraint au pitonnage, j’ai abouti au canal 9, où je suis tombé sur Marisol, le top dans le genre. J’ai encore pitonné. Ailleurs, une chiromancienne examinait le mont de Vénus de Denis Bergeron; Bobinette s’est excitée, alors que j’ai repitonné. Ici, Serge Laprade (qu’un psoriasis aura propulsé au rang de thérapeute) nous promettait de rallonger nos pénis grâce à une technique introspective du genre "écoute ton corps". J’ai répitonné. «Attends, t’as pas tout vu». J’ai pitonné encore et encore. Le Nouvel Âge, c’est pitonner jusqu’à satiété.
Une philo guérisseuse?
Le Nouvel âge, «c’est aussi une philosophie», commentera la porte-parole du salon du même nom : le salon du nouvel-âge. Un ramassis de philos orientales sur disque laser, mais une philo tout de même, je suis prêt à lui concéder cela. J’ai beaucoup appris de l’ayurvédisme, d’Hubert Reeves, et je jubile quand Jacques Languirand me parle de l’Univers comme n’étant pas «une structure hiérarchisée fonctionnant comme une mécanique, mais plutôt une structure d’éléments interreliés, de l’économie à la religion, en passant par la santé». Quand Languirand me renseigne sur les plaisirs trippatifs du nirvana, il m’informe, il m’amuse, il me grandit, mais il se garde bien de me soigner. Bien au contraire, il m’en laisse le soin. Je lui ai d’ailleurs dit l’autre jour combien j’appréciais que son show se termine avant la vente de scapulaires guérisseurs, ce qui n’est malheureusement pas le propre du Salon du Nouvel Âge et de ses indissociables médecines douces, où le mysticisme vire vite à l’alibi métaphysique, au commerce de pacotilles glanées à la dernière vente de garage de m’am Minou, et – bien pire encore – à la thérapeutisation de notre quotidien.
Les thérapeutes du New Age transforment nos "pet shops" en zoothérapie, nos concerts en musicothérapie, nos forêts en silvotherapie et nos algues marines en algothérapie. À les écouter, notre vie n’est qu’une longue maladie dont ils préviennent tous les aléas par l’eau, l’art et le tricot –, et ça, jusqu’à notre mort et bien après, puisqu’il y a la vie après la mort, et que tout recommence avec la vie avant la vie, le tunnel, le rebirth et la métamorphose lelouchienne.
Le Nouvel Âge des bourreaux, c’est l’apanage des thérapeutes de fortune mais également des plus fortunés. C’est un Français venu nous vendre ses aimants magnétique «après être tombé en amour avec le Québec». C’est une infirmière «ayant emprunté le virage alternatif», car trop écœurée de se faire vomir par-dessus pour un salaire dérisoire. C’est des pharmaciens qui font les philanthropes en Afrique, après gavé leurs compatriotes de granules.
Et c’est le médecin holiste qui a tort de confondre sa vision de la vie avec la nature du service professionnel qu’il a à rendre. Mais ça, c’est une autre histoire, «C’est votre histoire». Et si on s’y mettait pour en inventer une autre?
Allez, c’est à ton tour, un peu d’imagination, gros lou
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SIROPS CONTRE LA TOUX
Voulez-vous du sirop?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de Aux petits soins, TVA 2008
Publication électronique, Le monde est ailleurs 2012
Un rhume. À l’évidence, la solution est de se moucher. Sauf que…
Enfant, faut pouvoir s’instruire à le faire. Ça a l’air de rien, mais appuyer sur une narine, et pas sur les deux à la fois, puis inspirer fort, enfin pousser l’air par le nez… et dans l’ordre.
La solution
Une solution saline commerciale ou fabriquée maison avec une demi-cuillerée à thé de sel de table dans une tasse d’eau va aider. La recette, c’est d’inonder le nez, ensuite d’aspirer avec une poire.
On contrôle la fièvre par des médicaments et on insiste pour faire boire.
Un décongestionnant? Attention, pas avant 3 à 5 ans. En sirop, ce n’est presque pas efficace et… ça excite. Mais, nouvelle façon de faire : en vaporisateur, ou en gouttes nasales, pendant quelques jours, juste avant de se coucher : c’est merveilleux.
Au besoin, un sirop contre la toux? Non. Non, non… même quand il tousse. Les sirops contre la toux vendus sans ordonnance ne servent à rien, ou presque.
Je n’en ai jamais prescrit.
Sauf, une fois, peut-être… pour déboucher une toilette.
Mais ça n’a pas marché.
Voyez…
Bon rhume et…courage!
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HOMEOPATHIE
Voulez-vous des granules?
Par Jean-François Chicoine, pédiatre
Adapté de la revue Actualité médicale, Montreal, 1992
Publication électronique, Le monde est ailleurs 2012
Éthique, l’homéopathie? Bien sûr que non! Un jour, où j’ai entendu un homéopathe prétendre que sa médecine était autre chose qu’un simple placebo parce qu’elle fonctionnait «même avec les enfants et les animaux». Les bébés que je soigne sont des chiens, évidemment. Et leurs parents, des moutons?
Née il y a environ 200 ans dans une ambiance moliéresque où le principe curatif directeur était de soigner par les contraires, c’est-à-dire par soustraction au moyen de lavements, de purgatifs et de saignées, l’homéopathie de Samuel Hahnemann (1755-1843), un médecin allemand émigré dans les salons parisiens, allait prôner l’excès inverse : le traitement par les semblables reposant sur le fameux principe de similitude. Ce principe, qui a déjà fait couler trop d’encre, d’énergie et de porte-monnaie, consiste à faire d’une substance capable de produire des symptômes quelconques chez une personne bien portance, une soi-disant solution thérapeutique éventuelle contre les mêmes symptômes apparus chez un malade. Difficile à comprendre? Normal : c’est incompréhensible.
D’essais en erreurs, mais surtout en erreurs, il faut croire, Hahnemann allait fabriquer des remèdes qui aggraveraient l’état de ses malades. Au départ, lui seul était à même de croire que des champignons de Paris viendraient à bout du muguet des bébés. Pour tenter de convaincre ses dissidents, Hahnemann diluerait enfin ses médicaments pour n’en produire ultérieurement que des doses infinitésimales, c’est-à-dire impossibles à détecter aussi bien par les moyens de l’époque que par ceux dont nous disposons aujourd’hui. L’idée lui avait été partiellement inspirée par Paracelse, dont la philosophie alchimique moyenâgeuse dite aussi «chimie sublime» consistait, comme l’homéopathie, à inculquer à la matière pharmacologique une «énergie» empreinte d’occultisme, d’ésotérisme et de mysticisme, en d’autres mots une efficacité guérisseuse impossible à expliquer en termes cognitifs ou à vérifier par une méthodologie rationnelle. Pour mousser les soi-disant performances de ses dilutions, Hahnemann introduirait finalement le principe de dynamisation qui consiste à brasser bien fort le remède en question, de manière à magnifier sa «mémoire énergétique», c’est-à-dire sa mystérieuse souvenance du passage de la substance dont il a été objectivement évacué. Exemple : brasser bien fort l’eau des Grands Lacs pour qu’ils se souviennent des déchets uriques du dernier caniche y ayant fait son pipi.
Boudée ensuite pendant des années à cause de chicanes de clocher entre homéopathes pondéraux et infinitésimaux, et grâce aussi au bon sens commun et au succès de la médecine scientifique, mais maintenant réintroduite en force par plusieurs sociétés parascientifiques au bon parler français, l’homéopathie a retrouvé une popularité contagieuse et lucrative au moment même où médecins et malades s’adonnent encore trop souvent à la surconsommation et ont justement tendance à interpréter les prescriptions de la médecine scientifique et humaniste comme étant allopathique : abus d’antitussifs, d’antidiarrhéique, d’antipyrétiques, etc. La situation est redevenue moliéresque. «Contraria» contre «similia». La roue n’a pas été réinventée et le pauvre monde, riche ou pauvre, se fait encore baiser. La tendance est à la corruption. La magouille est branchée, l’altérité en friche.
Je serais cynique? Pas du tout. J’ai l’œil, c’est tout, et je ne suis pas le seul. Il suffit de vouloir voir.
Une méta-analyse après l'autre
Malgré la multitude de tirés à part et d’études soi-disant concluantes qui encombrent les mains et les tablettes des initiés de la similitude, tous les rapports sérieux et les méta-analyses récentes – des publications que je connais pour les avoir lus à dore pondérale – s’accordent pour dire que l’homéopathie n’a jamais fait la preuve qu’elle était autre chose qu’une optimisation importante de l’effet placebo par un questionnaire personnalisé et l’ingestion de petites granules sucrées aussi ravissantes qu’une boite de Prismacolor.
Malgré ses allures techniques et pharmaceutiques, l’homéopathie est finalement aussi farfelue que bien d’autres médecines dites douces fondées sur des notions énergiques : c’est simplement son marketing qui est plus astucieux. Au lieu d’attribuer l’énergie magique à une technique ancestrale, chinoise ou hindouiste, elle l’injecte habilement au plus grand transsudat de notre marketing contemporain : le médicament. L’effet placebo étant un effet scientifiquement documenté capable d’expliquer une action thérapeutique chez 30 à 40 pour cent, même chez 65 pour cent des sujets dans certaines populations plutôt confiantes et religieuses – comme au Québec – il n’est donc pas du tout surprenant d’entendre dire que le remède fonctionne. Que ses adeptes, avec l’apôtre Jacques Benveniste (1935-2004) en tête de liste, imputent ses soi-disant performances à la mémoire de l’eau et à des signaux de nature électromagnétique est par contre une autre histoire, malheureuse il va sans dire, mais qui ne devrait pas nous inciter à abandonner nos grille-pain au cas où ils dépolarisent les communications intermoléculaires de nos toasts.
Placebo et effet placebo
Éthique, l’homéopathie? Bien sûr que non! L’homéopathie est antiscientifique, mais, bien pire encore, antihumaniste. Le problème vient de la confusion qu’elle installe à la perfection entre placebo et effet placebo.
L’homéopathie est porteuse d’effet placebo, parfois désirable certainement, mais elle ne répond pas à l’usage thérapeutique du placebo, car elle n’est pas « peu coûteuse », elle est parfois administrée pour de longues durées et, surtout, elle n’est pas intentionnelle de la part du thérapeute homéopathe, qui croit le plus souvent à sa médecine «au cas où ça marcherait» et qui sauve ainsi un précieux temps, comme médecin ou pharmacien ou homéopathe tout court. L’usage du médicament homéopathique s’avère donc contraire à l’éthique humaniste de la pratique médicale. D’ailleurs, il m’apparait beaucoup plus vicieux qu’elle soit encouragée par certains de mes pairs que par des non-experts aux faux diplômes ou aux certificats onanistes.
Le problème est de taille, d’autant plus que les enjeux sont très politiques. L’homéopathie étant inoffensive, il est évident que son efficacité placebo est tentante pour Big Brother, pour le soulagement du peuple, et à bon prix. L’homéopathie est tentante, parce que lorsqu’on y croit, elle risque de marcher, et on s’entend : s’il n’y a pas grand-chose à soigner.
On imagine facilement le danger qui plane, le génocide de la conscience au profit d’un fragment de bonheur homéopathique qui n’est pas sans rappeler l’éternité sacrée du soma ingurgité par les personnages déshumanisés du «meilleur des mondes» d’Aldous Huxley.
Flacon que j’aime
C’est toi que j’ai vanté
Flacon que j’aime
Que m’a-t-on décanté?
Ces perspectives sont insoutenables pour tous ceux qui croient à la nature humaine… y compris à celle des bébés, bien sûr. Les bébés ne sont pas des chiens, vous saviez? Et leurs parents, autres choses que des citoyens moutonniers.
Dernière révision: 21 janvier 2012
